Chris Marker est mort, qui ça?

Mourir est tout au plus l’antonyme de naître. L’antonyme de vivre reste à trouver

Chris Marker, Le coeur net

 

Quoi connaissait vraiment Chris Marker ? Le cinéaste français de la Nouvelle Vague – sans doute un peu plus vieux que les autres, 91 ans, l’âge d’Alain Resnais – aussi discret que… Réjean Ducharme et de quelques autres qui refusent toute leur vie de se faire photographier, de passer à la télé et de donner des interviews à n’importe qui. Ses films et ses nombreuses autres œuvres littéraires, graphiques, audio-visuelles, suffisent à mesurer la dimension et l’intelligence du personnage (cfr. Wikipédia). Ce que je retiens de lui, ses commentaires de films documentaires brillants à vous couper le souffle qui ont déjà été publiés (ses premiers) au Seuil. J’ai perdu mon exemplaire que j’ai passé à un ami qui ne remet jamais ce qu’on lui prête, livres, dvd, argent. Un ami c’est un ami.

Avant de tourner des films indispensables sur toutes les révoltes nationales depuis 1960 (Cuba si-1961) Marker a fait des documentaires sur l’art, les créateurs et cinéastes qu’il admirait en plus de donner des cours de cinéma militant à des ouvriers en grève après mai 68. Il dirigeait aussi, toujours au Seuil,  la collection petite planète sur les pays du monde, en collaboration avec des vrais écrivains/voyageurs comme lui. J’en cherche des exemplaires depuis des années dans les libraires d’occasion juste pour trouver les deux ou trois guides de voyage qu’il a écrit lui-même sous des pseudonymes aussi farfelus que Paul Lechat et Boris Villeneuve.

Sa feuille de route est impressionnante. Il a , entre autres, participé à la réalisation d’un film/fleuve de 4 heures sur les mouvements d’indépendance nationale à travers la planète, le fond de l’air est rouge(1977). Expérimenté les possibilités du multi média et du web bien avant d’autres.

J’ai utilisé pendant des années, dans mes cours de cinéma au cégep, son film tordant d’ironie Lettres de Sibérie (1958) dans lequel il poussait les limites du film de montage avec rien, seul le commentaire menait le fil du récit. Je présentais aussi la copie 16mm de ce film aux Vues animées pour permettre au Facteur de prendre la parole sur ses voyages en Russie et ne plus la rendre de la soirée.

Chris Marker était un citoyen du monde, il adorait le Japon où il avait appris là le culte des chats qu’il vénérait. Dans son film autobiographique, Les plages d’Agnès (2008), Agnès Varda le fait parader avec un déguisement de chat pour évidemment lui rendre hommage sans le dévoiler.

On peut voir sur You tube un de ses derniers courts métrages (1 minute), Leila Attacks,  filmé, je crois dans son appartement, avec son chat préféré et une petite rate ambitieuse.

Douce ironie de Marker qui se prenait pour personne d’autre qu’un cinéaste/poète/écrivain comme un autre. Sans plus, mais curieux comme un flo éternel, maniaque des séries télé américaines et de Vertigo d’Hitchcock. Cinéaste cinéphile dans l’âme.

Le quotidien Libération devrait nous offrir un bel hommage de lui demain. Vous irez voir et lire ça tout comme moi. Salut Marker le cinéaste qui saisissait tout du premier coup d’œil et de crayon. Puissent tes chats morts te recevoir dans leur ciel avec tous les honneurs et leur éternelle amitié.

Pierre Demers, poète et cinéaste rouge d’Arvida

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire