DES HÉROS INTÈGRES

St-Fulgence, le 4 août 2012

 

Lettre aux députés sortants Véronique Hivon (Joliette, PQ), Stéphane Bédard (Chicoutimi, PQ), Alexandre Cloutier (Lac-St-Jean, PQ) et Sylvain Gaudreault (Jonquière, PQ)

 

Chers députés,

Dans la nuit du 17 au 18 mai dernier, je vous ai regardés déployer corps et âme dans le but de contrer une loi aussi mal écrite – sur le coin de la table – qu’irresponsable. Elle s’en allait aveuglément créer des effets sans précédents : contestations, clameurs, vacarmes, désillusions, nausées. Il est certes vrai que le Québec n’en était pas à sa première loi spéciale, mais celle-ci présentait des traits particulièrement insidieux.

Obtus,

aberrants,

âpres,

rudes,

râpeux.

Durant cette nuit-là, historique, c’est vous que j’ai remarqués. Je m’adresse à vous aujourd’hui, en ce début de campagne électorale – qui passera elle aussi à l’Histoire –, pour mobiliser quelques idées. Pour occuper un instant le territoire politique. Pour m’assurer que les QuébécoisES ne soient pas, une fois de plus, spectateurs d’un défilé sans envergure. Cette lettre va au-delà de la partisannerie. Elle s’inscrit dans une démarche philosophique. Elle s’écarte des racontars. Elle ne prend pas en pitié. Elle ne nivelle pas vers le bas. Au contraire.

Je n’adhère aucunement aux analyses de surface qui ne font que poser les bleus et les rouges l’un en face de l’autre, dans un champ de bataille fumant – ou non (faut-il encore se battre pour que ça fume). Le champ politique est plus vaste que ça. Les incidences des gestes et des discours sont directes et affectent les gens. Chaque intervention compte, c’est une certitude.

Dans la nuit du 17 au 18 mai dernier, à l’Assemblée nationale, vous avez été excellents. Vous avez savamment réussi à démontrer que la mesure prise pour résoudre la crise étudiante qui touche le Québec n’était pas la bonne. Vous étiez dans le coup. Intelligents, articulés, actualisés, à la seconde, à la fine pointe de la technologie, dans l’émotion : de vrais héros intègres. De l’intégrité, le Québec en demande plus que jamais. L’intégrité de René Lévesque manque aux QuébécoisES. Elle a marqué. On en parle encore, plus de vingt-cinq ans après sa mort. Lui qui enregistrait des trente-trois tours de ses discours pour que les gens puissent les réécouter à la maison. Parce que ce n’était pas du vent. C’était bourré de propos riches, aux multiples sens, sur lesquels il fallait méditer.

/

Je ressens cette impression que seuls les politiciens intègres pourront bientôt garder leur place au sein d’un parlement. Serait-ce l’ère qui s’annonce ?

Hier soir, aux informations nationales de Radio-Canada, j’entendais qu’un parti – dont je tairai le nom – avait joué, dans sa tournée du jour, la carte de l’intégrité. Là, ça m’a dégoûtée.

L’intégrité n’est pas une carte à jouer.

L’intégrité est de l’ordre du sincère,

du vrai,

du spontané,

de l’incarné.

On est intègre lorsqu’on reste soi-même. Quand on est à la bonne place. Quand on a tatouées sur le cœur les véritables questions. Les questions philosophiques de l’existence humaine.

L’intègre sort du jeu.

Il est hors-jeu.

Il est dans un espace moral autre. Un espace où l’idée du bien domine.

/

Vivre ne suffit pas. ­­­­

L’humain ne vise pas qu’à vivre, il vise à bien vivre. Je n’invente rien. Les philosophes se relancent sur cette question depuis le début des Temps.

Tout le monde vise le bien.

Or, la poursuite du bien veut aussi qu’on considère supérieur son bien aux autres biens. Cette idée s’inscrit dans un processus d’autodéfinition de soi : cela s’applique également pour une société. Société qui crie son besoin qu’on la définisse, une fois pour toutes.

Un couteau ne peut pas simplement couper ; il doit bien couper. Dangereux devient le couteau mal affûté.

Ne suffit pas pour l’amoureux d’aimer ; il faut bien aimer, pour éviter l’irréparable.

Fort sera le politicien qui évaluera le bien à travers tous ses gestes et tous ses discours.

/

Se positionner en fort, en héros.

Je repense à un ami qui, même adolescent, était acclamé comme un roi chaque fois qu’il arrivait quelque part. Dans une fête, on aurait dit que personne ne l’attendait et qu’il honorait tout le monde de surgir à l’improviste. On aurait dit qu’il venait de sauver des vies, plusieurs vies. Comme un héros. Ça m’a fascinée. On ne réservait cet accueil extravagant qu’à lui. Je crois aujourd’hui, en y repensant, que sa manière d’être, intègre, attirait cela. C’est quelqu’un à qui, naturellement, la chance sourit. Quelqu’un qu’on veut avoir comme ami.

/

Véronique, Stéphane, Alexandre et Sylvain,

Je vous invite à vous positionner en héros intègres. Le jeu ne consiste pas à jouer des cartes sans figures.

Le jeu, c’est d’incarner un bien supérieur aux biens des autres. Ce bien est lié à ce qu’on veut devenir.

Je m’adresse à vous parce que vous êtes jeunes, entre autres choses.

Je crois que vous êtes à la bonne place.

Intelligents,

articulés,

actualisés,

à la seconde,

à la fine pointe de la technologie,

dans l’émotion.

 

Je propose que tous les autres, qui jouent un étrange jeu – qui, honnêtement, décourage le monde – s’achètent une compagnie quelque part et laissent leur place à des gens qui ont envie d’offrir une politique qui donne un sens réel à l’existence humaine.

J’aimerais, chers députés, que ces mots se propagent à l’intérieur de votre parti.

La façon de faire la politique change et la faire bien n’est pas chose simple. Faire le bien n’est pas chose facile. Qu’à cela ne tienne.

Soyez porteurs.

Parlez d’humains – évacuez la clientèle.

Portez les mots, sur des trente-trois tours s’il le faut.

 

Le mot d’ordre : VIVRE NE SUFFIT PAS.

 

Mylène Bouchard est écrivaine et poursuit des études doctorales en littérature, échafaudant une réflexion morale sur la recherche de la vie bonne. 

Commentaires

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4 thoughts on “DES HÉROS INTÈGRES

  1. Pierrette Boulianne

    Félicitations Mylène. Ce matin, nous parlions justement de la place que Pauline devrait donner à cette belle équipe de jeunes, pour les mettre en valeur, durant la campagne. Nous avons besoin d’humains!

  2. Quelle touchante analyse qui résonne bien pour moi!
    Merci!

  3. Régis Aubé

    Magnifique…

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