Entrevues «exclusives» avec les chauffeurs de bus de la campagne électorale

La route doit bien finir par mener au monde entier, sinon où veux-tu qu’elle aille ?

Jack Kerouac, Sur la route, le rouleau original, 2007

 

Après quelques téléphones sournois et promesses d’anonymat, j’ai réussi à interviewer les quatre principaux chauffeurs/euses de bus de la présente campagne électorale, soit ceux/celles du PLQ, du PQ, de la CAQ et de QS. Je leur ai posé les cinq questions suivantes :

1-    Avez-vous votre permis de conduire pour véhicules lourds ?

2-    Qui vous a recruté ?

3-    Connaissez-vous le programme du parti ?

4-    Quelle région détestez-vous le plus parcourir ?

5-    Pour qui allez-vous voter  le 4 septembre?

 

Voici leurs réponses :

Chauffeur du Parti libéral du Québec

 

1-J’étais le chauffeur de la limousine du PM avant de conduire cet autobus pour la présente campagne. Je suis membre de la Sureté du Québec. Le PM adore les policiers. S’il le pouvait, il en mettrait partout sur sa route. Ça le sécurise. D’ailleurs trois de ses candidats sont des polices. Ça rassure une police, surtout si l’on vote pour elle en campagne. Le monde se méfie des polices, elles inspirent le respect.

2- Le PM. Il me connaissait déjà et me fait confiance. La seule directive qu’il m’a donnée c’est de garder les deux mains sur le volant. Je connais bien aussi Michou, j’allais la reconduire à la maison de Westmount ou à leur appartement de Québec quand le PM avait des rendez-vous nocturnes avec des amis influents du PLQ.

3- En gros c’est simple, la majorité silencieuse va s’enrichir dans le prochain mandat si elle consent à aller travailler dans le Nord. Et il faut tout faire pour protéger les Québécois contre les carrés rouges et les autres terroristes en herbe. C’est pas normal que les jeunes se mettent à rêver tout haut et veulent empêcher les gens normaux de traverser les ponts, d’aller créer de la richesse pour leur employeur et se tuer à l’ouvrage. Ça va pas si mal au Québec si l’on se compare à la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

4-Le Saguenay—Lac-Saint-Jean. Le Parc c’est encore long à traverser et les orignaux sont sournois la nuit. J’ai un estomac fragile. La soupe aux gourganes, la tourtière et les tartes aux bleuets, je ne suis pas capable. C’est embêtant pour un chauffeur de bus électoral de gérer des maux de ventre.

5-Pas de commentaires… je ne suis pas enregistré moi là ?

 

Chauffeuse du Parti québécois

 

1-J’ai tous mes permis. Madame Marois a insisté pour qu’une femme soit chauffeur de son bus de campagne. Et vous savez que c’est un autobus d’Alma qu’on a choisi pour la caravane du PQ. Il leur fallait un bus favorable à la souveraineté et c’est juste au Lac qu’on en a trouvé une de vraiment fiable.

2-Je suis parente avec un candidat du Lac, parente de la fesse gauche. Il n’y avait qu’une exigence : ne porter le carré rouge qu’à l’intérieur du bus. Je dois aussi m’occuper de la chicane si elle pogne sur la route. J’ai pris un cours d’auto-défense en plus de mon cours de mécanicienne de la Poly de Roberval.

3-Faut se débarrasser de Charest. La corruption ça a assez duré. La souveraineté va nous sortir du cynisme ambiant et relancer le pays sur la bonne voie. Nos richesses naturelles nous appartiennent. La jeunesse va nous inspirer. Soyons positifs. Et si quelqu’un nous parle du prochain référendum, on lui répond que les choses arrivent quand elles arrivent. Cette fois c’est la bonne.

4-J’aime pas Québec. On dirait que lorsqu’ils voient la photo géante de Pauline Marois, les gens dans la rue veulent lui tirer des roches. La radio X a totalement contaminé cette ville. On dirait qu’ils ont peur de la quatrième guerre mondiale et de rater le retour des Nordiques. Une vraie ville prise en otage par des fanatiques de l’American Way of life. C’est mon point de vue évidemment, pas celui du PQ. Mon chum enseigne la philo au cégep d’Alma.

5-Devinez ? Chez-nous on vote PQ depuis que ça existe.

 

Chauffeur de la Coalition avenir Québec

 

1-Monsieur Legault est très strict là-dessus, je dois avoir un permis de conduire pour véhicule lourd et payer moi-même l’essence et la location du bus. Chacun fait sa part à la CAQ. Il faut dire aussi que monsieur Legault est un peu fesse-mathieu. Il ne dépense jamais pour rien, surtout son argent.

2-Personne, je prends une chance. Je serai peut-être le chauffeur de sa limousine s’il est élu. À la CAQ, tout le monde prend une chance. Je chauffais un bus de touristes du troisième âge avant de postuler pour cette job de campagne.

3-Le temps du changement est venu. Faut faire le grand ménage. On a des candidats de prestige. Le docteur Barrette va nous trouver un médecin de famille même si on n’est pas malade et on n’attendra plus à l’urgence des hôpitaux. Monsieur Duchesneau va nous fournir en scandales si ça va mal. Ça prend du changement. D’ici un an, on ne reconnaîtra plus le Québec. Monsieur Legault n’a rien à perdre, comme moi, comme tous ses candidats. C’est un millionnaire, il pourrait faire autre chose que de se promener en bus en plein mois d’août. Il déborde de gros bon sens. C’est vrai toutefois qu’il est un peu rapiat.

4-L’Abitibi. Mon bus n’est pas tout à fait au point.

5-On verra.

 

Le chauffeur de Québec Solidaire

 

1-On n’a pas besoin de permis de chauffeur de véhicule lourd à QS, on roule en fourgonnette. Et ce n’est pas toujours moi qui conduis, je suis chauffeur substitut. Amir et Françoise adorent chauffer eux-mêmes en campagne. On peut porter le carré rouge partout, en dedans comme en dehors du bus.

2-Je suis bénévole comme les autres. Chaque région a ses chauffeurs potentiels. Nous sommes tous des chauffeurs nous autres. À Montréal, des candidats QS font campagne à vélo. Je vois mal Jean Charest ou François Legault à vélo…

3-On n’a pas les moyens financiers des autres partis en lice, mais on a les idées pour amener le vrai changement de la chose politique au Québec. La majorité silencieuse n’existe pas vraiment. C’est une création de l’esprit des médias et du PM pour imposer leur vision des choses et de la politique partisane.

4-Quand on sort de Montréal, on ne sait jamais sur qui, sur quoi on va tomber. Les médias nous regardent comme des extra-terrestres, les gens comme des missionnaires. Le néo-libéralisme fait encore plus de tort dans les régions que dans les grands centres. On veut faire de la politique autrement. Il nous arrive même de se faire de nouveaux amis en campagne. Changer les idées reçues, saisir mieux le sens de la vie citoyenne. Les électeurs comme les étudiants peuvent nous donner des leçons. Il faut savoir les écouter au bon moment.

5-Québec Solidaire.

 

Propos recueillis par Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

 

[Note de la rédaction: L’option nationale est absente car Jean-Martin Aussant se déplace avec sa propre voiture.]

Commentaires

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3 thoughts on “Entrevues «exclusives» avec les chauffeurs de bus de la campagne électorale

  1. […] «exclusives» avec les chauffeurs de bus de la campagne électorale http://www.gg.gg/fqt PLQ: Une police au volant […]

  2. Nicolas Carrier

    Je vais surveille ta chronique de pres . Ton opinion m’intéresse beaucoup. -Nicolas Carrier (Un ancien éleve et poete du Steak Haché)

  3. Nicolas Carrier

    Drole de coincidence, je suis en train de relire  »Sur la Route »!

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