Entrevue «non-exclusive» avec Amir Khadir Et GND, momentanément interdit à Chicoutimi.

À partir d’un certain point il n’y a plus de retour possible. C’est ce point qu’il faut atteindre

Franz Kafka, Cahiers in-octavo (1916-18) 

 

Lors du passage d’Amir Khadir, député de Québec Solidaire, venu présenter son équipe de candidats régionaux, j’ai fait une entrevue avec lui sur quelques sujets de l’heure. La rencontre s’est déroulée dans le local du candidat de Chicoutimi, Pierre Dostie, dans le bas de la rue Racine, entre deux Marchés aux puces. Tout juste après la conférence de presse, qui se tenait sur le trottoir devant des badauds tout fiers de reconnaître le vrai Amir dans  leur cour, comme d’ailleurs les quelques journalistes locaux venus confronter le député «radical» et ses désirs de nationalisation des barrages de nos multinationales.

 

Mauvaise Herbe : Pourquoi les jeunes ne s’intéressent-ils pas à la politique ? Du moins, ils votent peu. 

A. Khadir : Qui dit ça? Je connais plein de jeunes qui s’impliquent, qui militent dans toutes sortes d’associations. Des comités d’environnement, des comités de citoyens, des syndicats d’étudiants à tous les niveaux. Il faut savoir que la politique ne se réduit pas uniquement aux partis en cause et à la préparation des élections aux quatre ans. Nous à Québec Solidaire – on parle de notre expérience à nous, les autres parleront de la leur – notre parti a été fortement dynamisé par les étudiants qui ont participé à la grève de 2005. Tout s’est joué à partir de ce moment-là. Imaginez maintenant les retombées militantes de la présente grève de 2012. Les étudiants politisés par ces évènements, qui ne sont pas encore terminés, vont transformer la façon de faire de la politique au Québec. J’en suis convaincu. J’ai rencontré un étudiant dernièrement qui me disait être fébrile à l’approche des élections. Il allait voter pour la première fois et il se sentait comme un enfant le soir de Noël, sur le point d’aller voir sous l’arbre. Je crois que les jeunes sont beaucoup plus politisés qu’on ne le pense. La grève actuelle nous l’a largement démontré. 

Mauvaise Herbe : Vous avez vu lors de la conférence de presse de tout à l’heure, comment les journalistes d’ici manipulent avec des pincettes le désir de Québec Solidaire de nationaliser les barrages de Rio Tinto Alcan et de Papier forestier Résolu. Croyez-vous que la population régionale est prête pour un tel virage ?

A. Khadir : Quand René Lévesque a mené la campagne de nationalisation de l’électricité au Québec dans les années 60, le défi était de beaucoup plus grande envergure. Tous les pays qui se respectent protègent leurs richesses naturelles. Dans la région du Saguenay-Lac Saint-Jean, on a laissé à des multinationales le contrôle de sept barrages. On voit ce que ça donne quand les conflits ouvriers éclatent. Le dernier lock-out chez Rio Tinto Alcan à Alma en a fait une éclatante démonstration. Les travailleurs se sont faits floués par des ententes secrètes qui permettent à la multinationale de toucher des dividendes même lorsque les syndiqués ne travaillent pas. Un gouvernement qui se tient debout doit d’abord gérer les richesses naturelles dans l’intérêt des citoyens, pas dans celui des compagnies. Regardez ce qui se prépare avec le Plan Nord. On construit des routes avec des fonds publics, d’abord pour rendre service aux minières. Nous on veut changer cette mentalité de porteurs d’eau. Tous les partis politiques actuels, y compris le Parti Québécois, se tiennent à genoux devant les multinationales. Nous on veut se tenir debout. C’est un engagement profond. 

 Mauvaise Herbe : Dans quelle mesure la grève étudiante a-t-elle transformé la politique québécoise ? 

A. Khadir : Je crois qu’on vit une période déterminante de l’histoire du Québec. Peut-être aussi importante que la Révolution tranquille. On est à la fin d’un cycle qui révèle une autre façon de faire de la politique. Les partis qui voulaient se réapproprier les méthodes de Duplessis pour faire peur au monde, le manipuler, vont devoir faire leur valise. Il y a toute une génération de militants, de jeunes et de moins jeunes qui veulent désormais prendre part au débat social et politique. Les partis devront en tenir compte. Au seul chapitre de la corruption, la réflexion populaire a beaucoup progressé. Au sujet de la démocratie, les gens savent maintenant que les revendications peuvent émaner de la rue, des groupes populaires, des désirs de toutes les couches de la société. La politique ne se résume plus à voter une fois à tous les quatre ans. 

Mauvaise Herbe : Jusqu’ici dans la présente campagne, comment trouvez-vous le rôle des médias ?

A. Khadir : Ce qu’on attend des médias c’est qu’ils exercent un contre-pouvoir quand la propagande se fait trop présente, trop forte. Qu’ils exercent un contrepoids pour favoriser le plus de points de vue possibles. Certains partis politiques ont plus de moyens financiers que d’autres pour s’imposer, influencer les médias, les investir et occuper plus de terrain. Il faut que les petits partis politiques aient aussi droit au chapitre en campagne électorale, de faire passer leur message. Les monopoles de presse comme Quebecor, Gesca/Unimedia, soit Le Journal de Montréal et La Presse ont des partis pris évidents. Mais ils se doivent de contre balancer les sorties publiques des partis, donner la chance à tout le monde.

Les médias n’ont pas à se mettre au service d’un parti en particulier. Quand ils le font, les préjugés et les intérêts remontent vite à la surface. Québec Solidaire a été exclus du débat des chefs par TVA, on le déplore. Par contre, Françoise David va participer à celui organisé par Radio-Canada/Télé-Québec. J’ai hâte de l’entendre. Elle se défend passablement bien dans ce genre de rencontre.

 

GND momentanément interdit à Chicoutimi le 8 août

 

Le même jour- le 8 août- que la visite d’Amir Khadir à Chicoutimi pour présenter l’équipe régionale de Québec Solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois de La CLASSE était lui aussi de passage dans la ville du maire Tremblay (Ti-Jean) pour discuter du manifeste de l’association étudiante. La veille, il était à Jonquière pour la même raison. Le Quotidien le lendemain s’était empressé de souligner (à la une) le peu de participation à la rencontre – que 20 personnes. Sans doute pour faire plaisir aux animateurs de Radio X qui voient le porte-parole étudiant dans leur soupe aux carrés rouges depuis des mois, le considérant comme un néo-felquiste, voire un sandiniste montréalais…

Mais à Chicoutimi, près de 200 personnes se sont entassées à La Tour à Bière en face de la cathédrale (dans un local fort exigu et surchauffé) pour entendre GND. Le Quotidien s’est fait discret le lendemain. Pour sa part, Radio X a célébré la démission surprise du porte-parole en jouant une dernière fois la carte de «l’humour radiophonique» de niveau secondaire 2. Si l’ignorance et la bêtise rendaient muet, ce poste de radio diffuserait sur ondes très courtes leurs pubs de ginos analphabètes, caquetistes et de pitounes lobotomisées – leur public-cible – entre deux commentaires politiques (et sportifs toujours) ultra réactionnaires, la plupart du temps ressassés depuis CHOI-98.1 Québec, la station-mémère.

En fait, la rencontre devait se tenir à la Bibliothèque de Chicoutimi. Sur le site de La CLASSE, on l’indiquait ainsi. L’organisatrice de la tournée régionale de GND, une étudiante de MAGE/UQAC avait réservé une salle de la Bibliothèque depuis quelques semaines déjà. Mais le directeur de la dite Bibliothèque de Chicoutimi n’a pu obtenir tout de suite la permission du directeur de l’arrondissement, le conseiller Jacques Fortin, lui-même. Quand celui-ci est revenu de vacances, les choses se sont corsées. Le local n’était plus disponible pour un tel événement «politique» avec monsieur carré rouge. On sentait que le conférencier ne faisait pas l’unanimité à l’Hôtel de ville. GND avait déjà été mal reçu ou interdit de séjour à Trois-Rivières, à Trois-Pistoles et à l’Université du Québec en Outaouais.

La responsable de la tournée régionale de La CLASSE a donc insisté pour conserver le local et puis sentant la censure municipale se durcir, elle a réservé la Tour à Bière. Quelques jours plus tard, le responsable de la Bibliothèque revenait sur sa décision. Des discussions politiques ont eu lieu sans doute. L’administration municipale évaluant que le régime de Jean Tremblay courrait sans doute plus de risques à interdire la visite du conférencier encombrant qu’à la tolérer.

La campagne électorale municipale pointe tout de même à l’horizon. Le maire marche sur plus d’œufs qu’à l’habitude. Jacques Fortin (et son adjoint André Martin) était maintenant partant pour entendre le porte-parole étudiant dans la salle publique de la Ville. Mais il était trop tard. La rencontre avait déjà été déportée à la Tour à Bière.

Je suggère à la Bibliothèque (et à la Ville) d’expédier une lettre d’excuses à La CLASSE et à MAGE/UQAC pour malentendu administratif et idéologique. Une fois n’est pas coutume.

 

Propos recueillis par Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

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2 thoughts on “Entrevue «non-exclusive» avec Amir Khadir Et GND, momentanément interdit à Chicoutimi.

  1. Il y aura réunion du Conseil Municipal ce soir. Pierre tu pourrais aller y faire ta proposition directement, je l’appuierais.

  2. […] Entrevue «non-exclusive» avec Amir Khadir Et GND, momentanément interdit à Chicoutimi. / Mauvaise Herbe http://www.gg.gg/gfm […]

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