La semaine des quatre Marie

 

Une rubrique théâtre ça sert aussi à publier des textes de théâtre ! 

En mai dernier j’étais à Montréal pour participer  à une « classe de maître » avec l’auteur Daniel Danis en compagnie de quinze auteurs autour du thème « L’auteur et son territoire». Je vous partage le premier jet de ce texte en construction, amorcé  dans le cadre du 11ième Festival du Jamais Lu, présenté Aux Écuries.

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LA SEMAINE DES QUATRE MARIE

 

Marie-Lundi

 

Marie-Lundi :

Douche / Doute / Insomnie

La scène est à Chicoutimi. Assise à son bureau, Marie-Lundi.

La scène est à Chicoutimi autour de minuit. Assise à son bureau, la fenêtre ouverte, Marie-Lundi constate que l’odeur-de-vie est enfin revenue. C’est l’époque des cacas de chiens dégelés éparpillés partout. L’époque de la poussière de rue. Époque de la terre à retourner. Des fenêtres à nettoyer. Un pouce de gravier étouffe le gazon, va falloir racler. La cour ? Un vrai dépotoir de restant de stock de trucs de merdes des rénovations, dispersés autour de la maison. L’année dernière, la cave est devenue un sous-sol.

 

Marie-Lundi se lève et va à la fenêtre.

 

Marie-Lundi :

Pense encore à lui. Pense pu à lui. Pense encore à lui. Se rappelle le son de sa langue dans sa bouche, se rappelle sur son corps la douceur de ses mains sur ses hanches se rappelle la petite pression que sa main a exercé – ha haa oui ha – et les papillons et cette sensation dans le bas du ventre qui perdure depuis. Pense à lui. Pense pu à lui. Pense à lui. Marie-Lundi se dit que c’est rare un flo avec du potentiel de même. Se sent joyeuse tout d’un coup sent monter en elle un bonheur en forme de spirale.

 

Elle sort par la fenêtre.

 

Marie-Lundi :

Marie-Lundi, quinze ans, t-shirt bleu, jean délavé, avait rendez-vous chez sa psy à treize heure. Ne s’est jamais rendue.

 

 

Marie-Mardi

 

Marie-Mardi :

Français / Math / Géo

Marie-Mardi s’habille plus sexy que Marie-Lundi. Dans sa classe de mathématique, le beau Jean-Louis.

La rumeur veut que sa mère soit pas ben fine avec lui… Marie-Mardi comprend. Comprend vraiment. Mais dit rien. Pas maintenant. Pas l’moment.

Marie-Mardi se surprend à compter les minutes avant son cours de mathématique. Ce matin a fredonné sous la douche a souri à son frère a même poussé sa bonne humeur à souhaiter une bonne journée à sa mère.

Marie-Mardi passe la majeure partie de ses cours de français à regarder dehors. Note par-ci note par-là quelques mots du prof en faisant bien attention de toujours garder ce regard de fauve rivé vers cet ailleurs en terrain d’asphalte pis de rack à bicyk. Plus loin la vie, se dit Marie-Mardi. Plus loin, plus belle aussi. C’est juste comme ça qu’elle réussit à entrer un peu en dedans d’elle. A prendre ce temps en soi. Tournée générale du spleen matinal. 8h37, Marie-Mardi se reconstruit une vie, une maison, un pays en forme de gâteaux des anges.

 

Elle lève la main et demande à sortir. 

 

Marie-Mardi :

Marie- Mardi, chandail rouge, jupe noire, veste en cuir a été vue  pour la dernière fois dans son cours de français. L’adolescente a été arrêtée cinq fois pour vol à l’étalage.

 

 

Marie-Mercredi

 

Marie-Mercredi :

Cheese/  Bacon  / Extra- poutine

Marie-Mercredi a toujours eu l’impression qu’elle était faite pour vivre pieds nus. A passé sa vie à déménager. Nus pieds. A doublé son secondaire deux pis quatre. Nus pieds.  A essayé de marcher sur du verre. Pieds nus. A toujours su qu’elle n’était pas comme les autres. Crache quand elle parle. Tombe quand elle marche. Marie-Mercredi a toujours eu l’impression qu’elle était faite pour vivre comme les oiseaux. A tenté son premier vol plané à l’âge de 3 ans,  à 6 ans, s’est cassée le bras à 8 , la jambe à 9, a arrêté 2 ans, a recommencé à 11 puis a abandonné à 13 quand elle a compris qu’elle ne pourrait jamais voler.

Seule.

 

(…à suivre…)

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