Un vendredi soir avec des catins

Si ce vendredi soir s’est terminé dans un cabaret, il a plutôt commencé dans les théâtres de Saguenay, ceux qu’occupe ces jours-ci les Festival international des arts de la marionnette. De bien belles fréquentations nous attendaient dans ces salles sombres et enfumées, propices aux manipulateurs qui s’effacent derrière l’image…

Le coup d’envoi de notre soirée avec ces formidables poupées animées a été donné par le virtuose chinois Yeung Faï venu jusque dans nos contrées, ô privilège, présenter ses Hand Stories et surtout l’héritage marionnettique qu’il travaille à préserver. Une mission que le maître accompli notamment du côté de la Suisse avec le Théâtre Vidy-Lausanne, producteur de ce spectacle autobiographique construit sur la tension entre tradition et présent. Héritier du métier de marionnettiste poussé jusqu’à la perfection depuis cinq génération, Yeung Faï dresse, à travers son histoire familiale, la ligne de vie d’une Chine bouleversée par la révolution maoïste, aveuglée et giflée par un petit livre rouge, et dont le bagage culturel est remis en question. De façon souvent poignante, avec une simplicité qui s’appuie sur l’incroyable vitalité de ses créatures, l’artisan représente l’évolution récente de son art à travers ces bouleversements sociaux. De l’internement de son aïeul dans les camps de rééducation à la défection de son père vers les États-Unis, de sa propre dérive découlant de la rupture à la réalisation de son don, Yeung Faï, bellement assisté de son collègue Yoann Pencolé, nous font comprendre, à chaque scène et sous des angles différents, l’immense valeur de ce que nous avons sous les yeux. Une mention spéciale à l’ange un peu trop fan de Queen qui parvient à ranimer la flamme de Yeung Faï, devenu temporairement inconscient de la valeur de son savoir-faire dans la Chine de Tian’anmen.

On serait resté mais il fallait y aller

On fonce vers Arvida, direction Le Palace, à toute allure et À Bout Portant, véritable heure de pointe théâtrale, pour assister un peu en retard à la grande première de Voodoo, nouvelle création de Kobol. Peut-être cet effort honnête a-t-il souffert de la comparaison et de notre retard, mais la compagnie montréalaise ne nous a gagnés ni en prolongeant les scénettes anémiques ni avec une manipulation approximative par six mains pourtant omniprésentes. Un fil conducteur ambigu, une trame sonore mur à mur poussaient à se retrancher au sympathique bar de l’endroit en attendant la courte représentation de Joseph-la-tache, de Catherine Vidal, qui nous avait donné la formidable adaptation théâtrale du Grand Cahier. Remarquable cohérence et parenté entre ces deux oeuvres pourtant tout à fait différentes de nature. Une narratrice nous raconte de sa douce voix l’étrange histoire de la tache de naissance fugueuse et multiforme du jeune Joseph, qui rencontrera dans son périple-en-neuf-scènes-et-autant-de-boîtes ses homonymes Staline et Cornell l’iconoclaste. Avec des scénographies miniatures aussi brutes que raffinées et un dispositif savamment désuet, l’oeuvre avait de quoi séduire les quelques festivaliers réunis dans le sous-sol du Palace, juste avant leur retour vers le Cabaret.

Là nous attendait la bizarre et déroutante performance de français aussi velus que mobiles et un petit bijou de l’espagnol Jordi Bertran qui s’était fait accompagner par le guitariste Daniel Gauthier pour plier la salle en deux avec son célèbre petit bonhomme en mousse, à la fois insupportable et attachant.

Oui, une bien belle soirée avec les catins, et ça ne fait que commencer!

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