Un blanc pas si classique que ça

La publicité est là, partout, nous parle, influence nos comportements, notre vision du monde. Au cours des prochain mois, je tâcherai de vous amener à vous arrêter un instant sur certains de ces produits publicitaires qu’on aime parfois, qui m’énerve le plus souvent, pour voir de plus près ce qu’on tente de nous communiquer, quels personnages sont récurrents ou totalement occultés, quel style de vie est privilégié. Aujourd’hui, attardons-nous sur la publicité du billet de loterie à gratter Blanc Classique de Loto-Québec, qu’on peut visionner ici.

La publicité de Blanc Classique est la troisième d’une lignée de pub dite bling bling. Avant elle, on a déjà pu voir celle du 100 million$ Extravaganza, présentant deux hommes qui vont s’acheter le dit billet, suivie du 200 million$ Suprême, qui se passe dans un salon de quilles. Dans les trois cas, le format est sensiblement le même : on passe rapidement d’un quotidien inintéressant, avec des couleurs désaturées, à une suresthétisation de la réalité via l’utilisation des codes de vidéoclips de gangsta rap, le tout accompagné d’un jingle sous forme de rap.

Dans le cas du Blanc Classique, un couple québécois moyen (bien entendu blanc et hétérosexuel), dans la trentaine, se rend au lave-auto. La femme (première de la série de trois pubs) présente à son chéri son achat : un billet de Blanc Classique, une nouvelle loterie à gratter. Après un champ-contrechamp présentant la banalité des protagonistes, le costume des personnages change subitement. Du petit tricot de fin de semaine, on passe au complet blanc accompagné d’une surabondance de bijoux sertis de perles et de diamants. Même l’auto est maintenant habillée de blanc et de doré. À l’intérieur du lave-auto, trois rappeurs vêtus de blanc arrosent la voiture de paillettes dorées, alors que tout le monde rappe le jingle publicitaire, un dérivé de celui utilisé dans les premières pubs. Une séquence en alternance ultra rapide et un traitement numérique de la voix complètent le portrait de cette parfaite caricature de vidéoclip gangsta.

Il y a toutefois un hic. Dans les deux autres publicités, on présentait une esthétique gangsta impeccable accolée à des personnages un peu losers, y compris à la fin de leur métamorphose. La caricature était claire (au point où je me suis demandée s’il ne s’agissait pas plutôt d’une parodie de publicité, mais c’est un tout autre dossier). Ici, les créateurs publicitaires ont dû composer avec un nom qui évoque la pureté et la tradition (notions vaguement « nobles ») et le faire entrer dans un concept de clinquant cheap. Or, l’esthétique unifiée à travers un blanc tout ce qu’il y a de plus chic diminue assez drastiquement l’effet caricatural. D’ailleurs, puisqu’on parle de caricature et de bling bling, il me semble important de souligner que la seule femme présente n’est ni une pitoune de luxe, ni une prostituée, bien au contraire. Dans le contexte, elle a même une certaine classe.

En un sens, par cette pub, Loto-Québec semble vouloir tenter de revenir un tout petit peu à l’idée de richesse noble et snob qu’elle faisait miroiter du temps de son classique slogan « Ça change pas le monde, sauf que… ». Mais avec du clinquant. Beaucoup, beaucoup de clinquant. Et au bout du compte, il n’y a de classique dans cette pub que le nom du billet.

 

 

Pour visionner les publicités précédentes de la série :

http://www.youtube.com/watch?v=fQ4DJx5KGNo (100 million$ Extravaganza, après un indicatif de 20 secondes)

http://www.youtube.com/watch?v=flmn78YQ1KM (200 million$ Suprême)

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One thought on “Un blanc pas si classique que ça

  1. Guillaume Beaulieu

    Belle analyse de la publicité. Mot choisis avec soin sans a priori. Chapeau!

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