Le père royal

Ça y est, le prince-héritier est né. Les médias en parlaient autant que de leur propre frénésie, comme s’ils étaient surpris d’être si nombreux à attendre à la porte d’un hôpital. Plusieurs personnes ont ri de cet intérêt, mais reconnaissons que l’actualité présente une nouvelle positive, alors réjouissons-nous. L’été a commencé durement (inondations en Alberta, feux de forêt, tragédie de Lac-Mégantic) : je propose de mettre à l’ordre du jour des félicitations pour tous les nouveau-nés de la journée. Après tout, on a bien une chronique nécrologique dans les journaux!

Le couple royal a un rôle à jouer dans la définition de ce qu’est la modernité. En fait, la royauté n’a plus grand rôle sinon justement celui-là : celui d’être une présence symbolique, un exemple dans le meilleur des cas. Marie-Claude Lortie se demandait donc : « Vu les défis posés par la question de l’allaitement. Vous ne pensez pas qu’il serait plus facile de faire accepter cette façon on ne peut plus naturelle d’alimenter bébé, de mieux faire financer le soutien à l’allaitement, si un personnage aussi public et populaire que Kate Middleton en parlait ouvertement? » Tout à fait. Comme Céline Dion a surement fait avancer la cause des fécondations assistées lorsqu’elle en a parlé.

Pour être pleinement de son temps, le rôle de papa William se limite-t-il à celui d’être présent auprès de sa femme lors de l’accouchement? Pourtant, une journaliste de France-Presse n’hésite pas à qualifier cette attitude datant des années 70 comme très avancée : « William a assisté à l’accouchement, témoignant de sa volonté d’apparaitre comme un père modèle et moderne. »

Son Altesse Royale prendra deux semaines de congé de paternité, ainsi qu’il est permis en Grande-Bretagne. Après, il retournera à son travail sérieux dans l’aviation de l’air. Pourtant, un second congé est disponible pour les Anglais qui souhaitent prendre un peu plus de temps auprès de leur poupon : un parent a droit à 18 semaines sans solde. Je suis certaine que pour la royauté britannique, cette courte période sans salaire ne représente pas un défi insurmontable. Alors, pourquoi ne pas en avoir profité?

En ne prenant que deux semaines de congé, le duc de Cambridge envoie un mauvais message : il est plus important de respecter ses obligations professionnelles que de profiter de ces quelques semaines où son enfant vit ses premiers moments. De par leur symbolique et à travers leur popularité médiatique, la nouvelle famille royale aurait pu en profiter pour casser le moule des règles minimales et montrer que la naissance d’un enfant, ça change une vie. Et ses priorités aussi.

Quand on n’a pas l’obligation de travailler pour vivre, on pourrait au moins s’accorder les 20 semaines d’intimité auxquelles on a droit. Parce que les petits princes et les petites princesses de nos vies, ça mérite maintenant de connaître autant son papa que sa maman.

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3 thoughts on “Le père royal

  1. Infotrad

    Valérie, Je crois que les personnalités publiques sont tenues de respecter des normes éthiques et morales plus élevées que la « plèbe »; c’est pour cela qu’il est peut-être plus important de respecter ses obligations professionnelles que de profiter des petites douceurs de la vie.

  2. Placer en premier les obligations professionnelles alors qu’on a le loisir de faire autrement est un choix motivé par plusieurs raisons. Peut-être que prendre soin intimement d’un enfant n’est pas une « petite douceur de la vie » pour tous. Le travail semble alors comme des vacances!

    Quoiqu’il en soit, je rêve d’un monde où « respecter des normes éthiques et morales plus élevées » soient synonyme d’un meilleur « prendre soin » de nous-mêmes, de notre famille, de notre environnement. Parce qu’il me semble alors que ça donne un équilibre qui sera aussi bénéfique au travail.

  3. Moi, je rêve d’un monde où il n’y a plus à respecter de normes morales concernant l’arrivée d’un nouveau-né. Comme si 20 semaines d’intimité passées auprès de son enfant était une petite gâterie de plus qu’il faut repousser pour respecter ses engagements professionnelles.
    C’est à se demander où est passé l’engagement parental.
    Les Britanniques n’ont rien à envier à ce niveau-là.

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