Mort aux joggings

Pour ceux qui sont inconnus avec le concept des amis secrets, c’est une idée qui souvent est amenée par cette personne dans notre cercle d’amis qui a préalablement été moniteur dans un camp de jour pour enfant.

Le concept est simple : on pige une personne, et au cours d’une période donnée, nous devons rendre la vie de cette personne plus agréable en lui offrant de petites attentions sous le couvert de l’anonymat. On peut également lui donner un défi pour rendre la réception de ladite attention méritée.

Il se trouve que dans le programme dans lequel j’étudie, cette activité a été instaurée et fortement encouragée par la gent féminine du groupe (majoritaire) et quelques messieurs ayant déjà vécu cette activité (l’ancien animateur de camp de jour).

J’ai donc adhéré avec un certain recul à cette activité. J’ai gratifié de simples présents mon ami(e) secret et compte continuer de le faire sans tomber dans le grandiose, faute de budget, mais surtout d’imagination. Je m’excuse cher(e) ami(e) secret(ète).

Le coup de départ a été donné début octobre et il se trouve que mon nom a également été pigé par quelqu’un, en suivant la logique du jeu. Après un boost de départ, une accalmie s’est fait sentir. En croyant que le projet avorterait, il est revenu en force il y a quelques jours.

Mon ami secret qui s’était tenu à carreau depuis le début a décidé de jouer le grand jeu. Il m’a lancé le défi suivant : porter un pantalon jogging une journée entière. Loin de moi l’idée de reculer devant un défi ou de sortir de ma zone de confort, j’ai décidé de jouer le jeu et de dire oui à la vie.

J’ai rarement autant détesté un lundi.

Je ne suis pas trop jogging. Pas trop « boxer slaque » non plus. Pour moi un pantalon jogging se porte après 21h, lors d’un dimanche pluvieux, ou pendant un congé maladie. Je préfère de loin mes tight pants. Pas que je ferme toujours la porte à mes joggings qui me regardent parfois du haut de mon garde-robe, mais je me sens inévitablement paresseux en les portant. On dit que l’humeur peut être influencée par ce que l’on porte, cette affirmation n’a jamais été aussi vraie.

 

Mon lundi se déroule ainsi :

Je me lève 20 minutes avant mon cours, complètement crevé de ma fin de semaine. Je soupire, je m’habille avec l’accoutrement du dimanche pluvieux, je me coiffe un peu, je m’enfile un verre d’eau, je me passe un coup de déo, je me brosse les dents, je m’abrite dans mon manteau et je me dirige vers l’école. Oui maman, je sais, je n’ai pas déjeuné, ni pris de café, mais ce n’est pas de ça que l’on parle.

Ma journée du lundi c’est 8 heures de cours théoriques, un défi pour n’importe quel être humain. Je me dois d’être productif et attentif, mais mon accoutrement ne m’aide pas.

Dans mes joggings, je me sens sale, nonchalant, dépressif et inconfortable. Déjà pendant la marche entre mon appart et la salle de classe, je réalisais à quel point la journée serait longue dans ces pantalons trop grands avec une tache douteuse sur la cuisse.

Toute la journée, j’ai eu mal au ventre, je me sentais gêné et mal à l’aise. J’avais peur d’aller au café et de me montrer dans cet accoutrement. Pourquoi? Moi qui me contrefiche habituellement de l’opinion des autres, pourquoi le fait de porter ces pantalons faisait renaitre en moi de l’insécurité?

Je me contrefiche de porter du linge qui ne « fit » pas, d’avoir l’air hipster, d’avoir l’air trash, d’avoir l’air sale, de reporter le même linge plusieurs jours de suite, de porter un t-shirt de band ou un t-shirt avec un pug dessus, mais il semble que le jogging en public soit l’impensable.

Je suis revenu chez moi vers 5h. Avant même d’enlever mon manteau, j’ai changé de pantalon et lancé violemment ma paire de joggings au fin fond de mon garde-robe en espérant ne plus jamais les revoir. J’ai mangé et fait une sieste. En me réveillant 30 minutes plus tard je me suis lavé et je renaissais à nouveau.

Je suis redevenu moi-même.

Jamais je n’ai pu croire en la crédibilité d’une personne portant ce vêtement en public. Jamais. Rien ne peut justifier la décision d’avoir voulu sortir de chez soi et d’aller plus loin que le bout de ton allée pour aller porter ton sac de poubelles dans ton bac un dimanche pluvieux en portant ça. Rien.

Ami(e) secret(ète), je t’en veux. Tu as réussi à me faire sentir dépressif. Déjà qu’on était lundi, au mois de novembre, tu as renfoncé le clou.

En fait, je ne t’en veux pas. Je ne sais pas qui tu es, mais je sais que ce n’était sans doute pas dans tes intentions de me mettre dans cet état. J’ai réalisé que je méprisais ce bout de tissu et que plus jamais je ne vais sortir de chez moi avec ça sur le corps.

J’aimerais proposer un engagement public. Qu’on choisisse ensemble, société civilisée que nous sommes, de proscrire le port du jogging en public. Un genre de charte au nom du moral de tous et de la crédibilité individuelle et sociale. Je garantis une hausse de motivation et de productivité.

Rendons hommage aux jeans.

Commentaires

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2 thoughts on “Mort aux joggings

  1. Prin Cesse

    et la princesse au petit pois

  2. si des Joggings te rendent dépressif , j’ai de la peine pour toi. Si tu juges les gens à leur vêtements, attend toi à être souvent surpris. Si t’es bien dans tes joggings et que tu l’assumes, on le remarquera même pas que t’es en joggings. Relax, chat.

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