L’empereur (des cubes) est nu

La bonne santé persistante des retraités finira par tuer notre économie

Philippe Bouvard, Mille et une pensées, 2005

Un dossier sur l’empire Pierre Lavoie intitulé L’Empereur des cubes, est paru samedi le 28 mai dans La Presse + et a été relayé sur le format papier, uniquement, du Quotidien le même jour. Trois pages signées par la journaliste économique de La Presse, Katia Gagnon. Sur le web, plusieurs ont essayé vainement de le retracer comme si quelqu’un voulait l’oublier pour ne pas en faire un virus – comme ils disent – sur la toile. Aucun commentaire dans les pages éditoriales du Quotidien, rien sur le site de Radio-Canada régional qui habituellement relaie les articles des médias nationaux qui nous concernent. J’ai hâte de voir comment les radios et les autres médias vont traiter le dossier de La Presse demain matin.

J’écris ce papier ce dimanche. Je me demande pourquoi les journalistes régionaux n’ont pas eu l’idée de fouiller davantage la structure financière du grand Manitou de la santé régionale et nationale? Mais comme dit un éditorialiste du Quotidien gagné à sa cause, tout le monde ici aime Pierre Lavoie, c’est un intouchable; et pour le paraphraser, bien des cyclistes seraient prêts à crever dans le Parc sur son vélo à 3000$ pour embrasser toutes ses entreprises humanitaires. Ah, j’oubliais. Dans Le Quotidien de samedi, un journaliste du journal s’excuse d’avoir fait dire à Pierre Lavoie qu’il préférait l’action aux études dans un récent portrait. C’est ce même journaliste, je crois, qui s’est converti au Grand Défi il y a quelques années pour perdre du poids et améliorer sa santé. Un fidèle parmi tant d’autres du preacher-à-pédales, qui répand la bonne nouvelle.

Que nous apprend le dossier de La Presse sur les méthodes de financement et les habitudes de vie financière du grand patron Pierre Lavoie et de son associé immédiat, Germain Thibault, ex-patron régional à Radio-Canada? Le grand cœur de Pierre Lavoie ne semble pas tout à fait désintéressé. Celui de son associé non plus. C’est le moins que l’on puisse dire à la lecture du dossier qui va au-delà du papier human interest habituel tout en lui accordant une certaine place tout de même. Les deux lascars ont inventé une nouvelle manière de ramasser des fonds pour leurs causes en utilisant deux OBNL, Go le grand défi dont le budget est de 10 millions dont 800 000$ viennent des gouvernements et la Fondation du Grand défi Pierre Lavoie qui finance la recherche sur les maladies orphelines avec un budget de 800 000$ provenant de l’autre OBNL. Accompagnent ces deux OBNL, trois entreprises privées: Cube création qui s’occupe de gérer des évènements et des collectes de fonds sous-traités par les deux patrons, Pierre et Germain. Les millions de surplus des deux OBNL (en 2014 plus de 5,4 millions) servent à payer leur salaire (400 000$ et plus), leurs dépenses et un condo à Boucherville (acheté en 2012 pour 444 000$) + Grand défi entreprises qui se rend dans les entreprises pour dresser des bilans de santé avec une caravane de 400 000$ payée par Pfizer. Coût de l’évaluation: 400 $ par employé. Chiffre d’affaires de 1,6 million$. Plus la dernière compagnie privée qui rentabilise particulièrement l’image de Pierre Lavoie dont il est le seul actionnaire, Conférences P.L. Conférences qu’il multiplie l’année durant au coût de 5000 $ pièce.

C’est plutôt rare de voir un ONBL faire autant de profits. Demandez-le à ceux qui en gèrent. Habituellement, les rares profits générés par un OBNL doivent être réinvestis dans les activités de l’organisme, non pas dans des entreprises privées affiliées. Mais cela semble être le cas pour les deux actionnaires des cubes d’énergie qui ne se formalisent pas avec les méthodes de gestion des dons pour la bonne cause des meilleures-habitudes-de-vie-de-tout-le-monde.

Qu’est-ce qu’on apprend aussi dans ce dossier de La Presse ? Que ce n’est pas toujours une partie de plaisir de travailler comme employé ou bénévole pour l’empire Pierre Lavoie et Germain Thibault. La journaliste a recueilli de nombreux témoignages d’anciens collaborateurs qui dénoncent le manque de respect de la part des deux patrons. Deux patrons qui au cours des ans sont devenus des stars de la santé publique en se permettant de bousculer tous ceux qui les empêchent d’avancer dans leur Défi. Ils font régner un climat de terreur autour d’eux et se prennent de plus en plus pour des envoyés du ciel. Des rock stars du cube argenté que tout le monde vénère, de force ou pas. Tous ceux qui se sont confiés à la journaliste de La Presse l’ont fait sous l’anonymat de peur (avouée) des représailles du duo.

Il y aurait ici un parallèle à faire – et je m’empresse de le faire – avec le climat de non respect des autres et de terreur qui règne depuis des années à l’Hôtel de ville de Saguenay sous le règne du maire Jean Tremblay. Ce n’est pas par hasard d’ailleurs que le maire plus catholique que le Pape a recruté Pierre Lavoie lors de ses campagnes électorales pour l’appuyer et s’en servir comme ambassadeur. Sa photo et l’un des 200 vélos obtenus gratuitement du marathonien trônent dans le bureau touristique à l’entrée de la Ville sur le boulevard Talbot.

Promotion Saguenay a abondamment contribué au financement du Grand Défi. La journaliste de La Presse nous apprend que les entreprises privées de Pierre Lavoie et de Germain Thibault se cachent sous le sceau de la confidentialité pour ne pas révéler leurs états financiers détaillés, tout comme Promotion Saguenay le fait depuis des années. La non transparence est aussi l’une des marques de commerce des activités lucratives du cycliste. On ignore où vont les millions générés par la cueillette de dons, reçus par les OBNL de Pierre Lavoie.

Comme diraient les fidèles du Grand Défi, on ne peut reprocher à Pierre Lavoie de faire un peu de cash. Il persuade les gens d’aller jouer dehors, incite les jeunes à quitter le temps d’un tour de vélo leur jeu vidéo, à manger mieux, à vénérer le gourou très tôt. Personne n’est contre la vertu. Et puis après tout, il a réussi à recruter son ancien patron de Rio Tinto Alcan sur les CA de ses entreprises humanitaires. C’est rare qu’un simple travailleur fait manger son boss dans sa main.

Toutefois, s’enrichir personnellement sur le dos des maladies héréditaires orphelines et sur le désir du commun des cyclistes de traverser le Parc à 35 km/h, c’est une autre histoire. La morale désintéressée du grand Manitou en prend pour son coup de pédale.

La prochaine fois que Pierre Lavoie tiendra un discours sur l’importance de promouvoir les bonnes habitudes de vie et de santé de ses compatriotes, vous songerez aussi à sa santé financière qui se porte mieux depuis qu’il prêche partout pour améliorer notre sort sans doute, mais surtout le sien. On a les philanthropes qu’on mérite, comme les maires d’ailleurs. Tout se tient dans notre petit royaume consanguin.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

NDLR : La rédaction du journal Le Quotidien nous informe que selon les ententes d’échanges de textes avec La Presse, le journal est limité à la publication sur format papier. La totalité du reportage de la journaliste Katia Gagnon a donc été reproduite dans le journal, mais ne se retrouve pas sur les plateformes numériques. La rédaction assure qu’en aucun cas l’intention était d’« aplanir le reportage ».

NDLR 2 (6 juin 2016) : Un commentaire ( voir plus bas) de la journaliste Katia Gagnon vise à préciser quelques éléments et se lit comme suit : « Il est faux de dire que les millions en excédent de l’OBNL servent à payer les salaires de MM. Thibault et Lavoie. Ces excédents existent bel et bien, mais ils sont à la banque, ils ne sont transférés nulle part. Le salaire et les dépenses des deux administrateurs est payé par le transfert à Cube création, via un constrat de service. Ce transfert qui s’élevait en 2013 à 400 000$, et il a été revu à la hausse depuis. » La rédaction de Mauvaise Herbe tient à remercier Mme Gagnon pour ces précisions. Autre précision à apporter, M. Demers ne fréquente pas les réseaux sociaux.

La rédaction choisit donc ici de laisser le texte d’opinion de M. Demers intégral, n’ayant pas l’autorisation de l’auteur pour le modifier. Cependant, nous laissons au lecteur le soin de tenir compte de tous les éléments précisés ici pour se forger une opinion personnelle.

 

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